OrelSan – Manifeste lyrics

Quand mon pote Mickey m’a donné rendez-vous sur Paris
Il a oublié d’préciser, dans une putain d’manif
Qu’est-ce que j’fous dans une putain d’manif ?
J’suis pas concerné par la société
J’suis un putain d’artiste
J’ai rien manifesté depuis l’lycée
Séché les cours, la seule idée qui m’ait fait militer
Et si tu veux la vérité, j’trouve les manifs flinguées
J’y pense en passant, au milieu d’un flashmob d’infirmiers
Entouré par des beaufs, un peu politisés
Qui sortent les mégaphones pour crier des banalités
J’me dis qu’si traîner en bande et chanter suffisaient
Ça ferait longtemps qu’j’aurais changer l’monde
J’arrive pas à capter Mickey qui m’a mis juste un texto
C’est marqué « j’suis à République, j’suis pas loin du métro »
Entre parenthèses « j’suis avec France, la sœur à Fredo »
Entre parenthèses « dis rien, j’essaie de la pécho »
Après une grande partie d’wesh allez
J’retrouve Mickey dans un costume de Spider-Man Wish
Il a les poches pleines de grandes Heineken
M’en propose une, j’refuse vu qu’il est onze heures à peine
Il m’fait un clin d’œil discret, m’montre un fumigène
J’le sens griser par la manif et l’atmosphère qui règne
Les CRS, les barricades, les grandes rues parisiennes
Ça l’excite, il a l’impression d’être dans BFM
J’lui dis qu’j’comprends pas pourquoi il regarde cette putain d’chaîne
Alors qu’il m’dit tout l’temps qu’ils mentent et qu’ils lui foutent la haine
Il m’dit qu’il la met juste en fond, ça lui fait une présence
Et t’façon il fait toujours autre chose en même temps
Comme partager des trucs complotistes bas d’gamme
Auxquels j’répondais : « Ah, ah », alors qu’en vrai j’les regarde pas
J’me suis autopersuadé qu’au fond il y croit pas
Qu’c’est juste que sa vie est moins fade avec un peu d’drama
Bref

Le cortège va bientôt partir et moi j’vais bientôt partir du cortège
Sauf que France nous présente sa copine bonne Mathilde
Mickey croit pas au Covid donc il tente la bise
À peine le temps qu’elle esquive, on marche au son des batteries
Ambiance samba do Brasil, par des teuffeurs qu’ont pas d’rythme
Y a des employés, des profs, j’suis dans mes fêtes de famille
Ça crie des slogans nuls sur des ministres ou j’sais pas qui

J’suis dans la manif
J’suis dans la manif

J’profite de la marche pour me rapprocher d’Mathilde
Qui dit qu’elle connait France parce qu’elle vient d’Caen mais qu’elle a fui
Moitié blogueuse mode, moitié journaliste
Donc pile le genre de meuf qui m’énerve et qui m’attire
Car elle va s’donner un style manifestante avec p’tit twist catin
Si j’devais la décrire, 2021
Elle m’dit qu’si sa carrière va bien, elle s’verrai bien chez Quotidien
Pour l’instant, c’est Pure People qu’il y a sur son quotidien
J’sais pas si c’est l’ambiance manif qui fait ça
Mais Mathilde et moi on s’embarque très vite dans un grand débat
Qui mélange gender, fluide, Ouïgours et vegan
Donc en gros, pas mal de sujets qu’en fait j’connais pas
Qu’elle récite sur l’bout des doigts
Non seulement, j’ai pas d’argument mais elle est plus intelligente que moi
J’me sens agressé, j’y mets d’la mauvaise foi
J’dis deux-trois trucs un peu réac’, elle m’ignore, elle fait des Snaps
T’façon j’ai une meuf, t’façon j’ai rien à foutre là
J’vais voir Mickey lui dire qu’j’me barre
Il m’dit qu’j’suis un bâtard parce qu’on peut jamais s’voir
Me propose une bière, treize heures
J’accepte de boire

Quinze minutes plus tard, j’commence à kiffer
C’qui est cool avec Mickey c’est qu’il sera toujours Mickey
J’ai l’impression d’avoir dix-huit ans, qu’on s’est jamais quittés
On fait des blagues de merde du genre qu’il vaut mieux pas twitter
On passe devant l’Olympia quand j’pense à un truc bête
J’dis à Mickey : « Au fait, pourquoi on manifeste ? »
Il m’dit : « Demande à France, j’suis surtout là pour la pécho »
J’vais vers France que j’connais un peu, c’est la sœur à Fredo
Par politesse, j’lui demande c’qu’elle devient
Elle m’dit qu’elle va très bien
Et j’capte direct qu’elle va pas très bien
J’l’ai pas croisé depuis dix ans et elle en a prix vingt
Elle m’dit qu’elle reste à Caen car ses parents sont pas très loin
Qu’elle bougerait bien mais c’est plus pratique pour son fils
Son mari s’est barré avec une meuf d’un autre service
Que c’est tant mieux parce qu’il était ultra possessif
Et t’façon elle travaille tout l’temps, elle a pas l’temps d’être triste
C’est fou qu’elle s’confie aussi vite
Elle m’dit qu’elle voit peu d’nouvelles personnes donc elle en profite
Elle m’parle des journées qu’elle passe à nourrir, à faire des lits
Qu’elle est à la fois, infirmière, femme de chambre et psy
Qu’finalement la vue des vieux c’est pas si pénible
Parce que ça lui fait plaisir de pouvoir faire plaisir
Qu’au début c’est bizarre d’être avec des gens séniles
Qu’on s’habitue à c’que la mort puisse faire partie d’sa vie
Elle dit qu’elle travaille plus la nuit parce que ça l’épuise
Qu’un des problèmes de l’intérim c’est d’prendre un crédit
Elle m’explique que jongler entre un gamin et un Smic
C’est tout un art, faut savoir rentrer en mode survie
Qu’ça prend du temps et d’l’énergie d’être fauché
Devoir gérer un budget au centime près
D’être comme prisonnier du stress
La menace des huissiers derrière la tête
Les découverts, les dettes, la peur de la boîte aux lettres
Elle m’dit qu’sa vie n’était déjà pas parfaite
Mais qu’en plus maintenant elle doit s’inquièter pour la retraite
Et c’est pour ça qu’on est là
Qu’on manifeste contre les fils de pute de l’état

J’suis dans la manif
Wow, oh-oh, hey

J’crois qu’Mickey est bien fonce-dé vu qu’il s’en prend à une trottinette
Mathilde en fait une story, bravo France ton nouveau mec
Dans les cases bleues du Monopoly on manifeste
Seize heures, humeur de sales gosses qu’ont pas fait la sieste
Ça traîne des ie-p’, ça court un peu dans tous les sens
J’sais pas si c’est la fumée ou l’atmosphère est devenue dense
Rien n’avance, les gens perdent patience
Les insultes remplacent les chances en rapport avec la retraite à France
Évidemment y a plus d’respect des gestes barrières
Juste des mecs qui font des grands gestes et qui jettent des barrières
Une atterrit dans un Franprix juste derrière
Des mecs en cagoule s’ruent sur la vitrine pour lui niquer sa mère
Mickey s’engouffre dans la brèche
Ressort une minute plus tard à la Fort Boyard
A les bras remplis d’grandes canettes
J’ai juste le temps d’lui dire : « Y a les flics »
Qu’il s’fait plaquer par un civil, Mickey lui met une esquive magnifique
Le flic s’écrase comme une merde contre un poteau électrique
S’prend les pieds dans sa matraque, ça part en tragique comique
Le flic finit en boule, Mickey lui tte-j’ une grande bière dans la bouche
On s’réfugie dans la foule

Mathilde jubile parce qu’elle a tout filmé
D’ailleurs c’est déjà en train d’retwitter
C’est vite fait, j’me dis qu’c’est l’moment d’s’éclipser
Sauf qu’on a perdu France qui doit regretter d’avoir pris un jour de RTT
Une heure après, tout a empiré, voitures retournées
La lacrymo commence à piquer, j’sais toujours pas où France a filé
J’dois m’occuper d’Mickey déchiré qui fait tout pour passer au JT
Quand j’vois Mathilde en larmes en train d’flipper
J’l’emmène vers un coin calme pour qu’elle puisse m’expliquer
Elle bafouille des trucs sur son image et sa carrière
Son tweet est devenu viral mais pas d’la bonne manière
Récupéré par des merdes comme Valeurs Actuelles
Donc le contraire de Mathilde et ses valeurs à elle
En fait, comme Mickey est un peu métissé
On utilise le tweet sur les méfaits des mecs de cité
Où il a jamais mis les pieds si j’dois préciser
On dit qu’c’est c’que la journaliste a voulu dénoncer
C’est sur la fin d’la vidéo où elle a pas eu d’chance
Parce qu’on y voit deux p’tites blanches dont une qui dit : « Merci France »
C’est devenu un hashtag raciste « merci France »
Et en vrai j’trouve ça un peu marrant quand
J’reçois un coup sur la hanche et un coup sur la jambe
J’suis face à deux agents dont celui d’la vidéo d’avant
Mickey m’attrape par le bras et hurle : « Fous l’camp maintenant »
J’pars en courant, boitant, fais cinq mètres, m’écroule à plat ventre
J’me retourne en halte et vois Mickey et son fumigène face au flic de la vidéo d’avant
Qui sort son flash-ball, ça m’fait un trou espace-temps

J’vois l’visage du flic déformé par la haine
J’pense qu’il pense au meme où Spider-Man le balaye comme une merde
Il doit s’dire qu’il bosse pour la France pas pour s’faire humilier par elle
J’me dis qu’la canette dans la tête, c’était p’t-être pas la peine
J’vois Mickey avec son fumigène
Qui s’sent pousser des ailes, qui doit s’imaginer en boucle sur BFM
Ou juste il s’imagine rien vu qu’il a bu quinze Heineken
J’entends un coup d’feu qui part

Mickey titube au bon moment, le tire passe à un mètre
Son fumigène de merde s’éteint avant même qu’il l’jette
Un corps percute le sol près d’moi, du sang sort de la tête
J’reconnais France, j’me dis qu’elle aura pas sa retraite